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Histoire du Peuplement des Philippines

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Pourquoi donc consacrer un article entier à ce sujet sur un site d’Arts martiaux ?

J’y vois plusieurs raisons bien légitimes : Mieux connaître l’histoire de ces peuples pour mieux les apprécier, prendre conscience de la richesse des arts philippins et de leur unicité mais aussi dénoncer certaines théories frauduleuses. Nos racines donnent sens et identité à notre pratique et l’origine en est toujours la fondation.

Peuplement des Philippines

Les Philippines ont subi 500 ans de colonisations successives. Durant ces périodes, le pouvoir colonial n’a eu de cesse d’inculquer la grandeur des colonisateurs et la pauvreté historique et culturelle des indigènes. Les peuples des philippines ne nous ont pas laissé de temples de pierre et leurs livres furent détruits par l’église. Il nous reste une riche tradition orale et une culture unique faite de la diversité des différents groupes ethniques. Les tribus de jadis, encore fortement présentes aujourd’hui, nous apportent la preuve d’un génie humain à l’oeuvre dans les fameuses rizières en terrasses du nord de Luzon, classées « Patrimoine Mondial de l’Humanité » par l’UNESCO.

Centre Luzon Philippines
Terrasse de riz : Luzon – Philippines

Les arts martiaux sont un important constituant de toute société. Les arts philippins ont ainsi permis de protéger une partie de la culture philippine des vicissitudes de la colonisation. Que reste-t-il à l’Italie de l’Art des batailles de l’empire romain ? Que reste-t-il à l’Europe de l’ouest de la culture guerrière des celtes et des bardes guerriers ?

Comprendre l’origine des différentes populations des Philippines nous aide à comprendre les diverses influences et interactions entre les différentes sociétés de l’archipel. De cette façon il nous est plus facile de cerner la culture combative de chaque groupe ethnique ou historique; Les arts du combat, leurs stratégies et les valeurs morales qui les sous-tendent. Pour le pratiquant d’arts martiaux, c’est une manière de compléter notre pratique en y associant l’enrichissement culturel. En tant que professeur, c’est un sujet de réflexion à partager avec nos élèves pour en tirer des leçons. L’art de la guerre consiste à se battre certes, mais pas uniquement à frapper ou trancher.

Connaître l’histoire nous permet de révéler les théories fantaisistes, les rapprochements douteux et autres mystifications ou justifications géopolitiques. Les différentes théories en rapport avec le peuplement de l’archipel reflètent les conceptions de leurs auteurs respectifs mais aussi la représentation du monde de l’époque.

La légende des dix Datus

Je propose de reprendre d’une façon très schématique quatre approches : la légende des dix Datus, l’archéologie, la théorie des vagues de migration de Beyer et la théorie historique de Jocano.

Tout d’abord, penchons-nous du côté de la légende et des « 10 Datus de Panay« .

Voici donc le déroulement chronologique de cette théorie pour référence uniquement. Cette séduisante légende du treizième siècle, rapportée dans un écrit aujourd’hui « disparut », le Maragtas, ne repose sur aucune documentation ou évidence historique. Elle sert souvent d’introduction pour présenter l’origine des arts martiaux Philippins et les relier à la culture Indo-malaise. Voici comment elle est généralement racontée.

Il était une fois10 Datus (chef de guerre Musulmans), Dayak de Bornéo. Fuyant l’autorité de leur sultan, ils se réfugièrent dans l’île de Panay ou une tribu Aeta (peuple bien antérieur) accepta d’échanger de la terre contre des bijoux et de l’or. C’est la première colonie malaise mythologique aux Philippines, ancêtres mythiques des Philippins des Visayas, Cebuanos et Ilongos.

Datu Domagsil et Datu Belensuela établiront une autre colonie plus au nord : Ancêtre des philippins Tagalog. 1250 voit la création du Bothoan, une école de formation des futurs chefs de communautés. On y enseigne l’Art de la guerre, administration, agriculture, les lois coraniques. La création de plusieurs colonies dans l’archipel organisées en confédérations fournira les structures du développement de la société philippine sur une base culturelle indo-malaise.

C’est ainsi que l’histoire fut enseignée pendant des années, et parfois encore aujourd’hui. A partir de cette légende, beaucoup ont présenté les arts indonésiens et malais comme l’origine des arts philippins ; Il leur reste à prouver ce qu’ils avancent, car la réalité historique est beaucoup complexe et certainement plus intéressante.

Comme nous pourrons le constater dans le chapitre à venir, nous ne pouvons pas simplifier la colonisation des Philippines à partir d’un événement symbolique.

Bien entendu les légendes sont la plus ancienne forme d’histoire et leur importance ne doit pas être minimisée. Elles contiennent des traces de faits historiques mélangées à un amalgame d’informations sur les croyances, la culture et l’organisation sociale de cette époque. Souvent les légendes sont très éloignées des faits historiques, mais elles contiennent plus que des faits. A cet égard elles sont souvent plus utiles que des faits pour comprendre l’histoire, à condition de savoir séparer les faits de la fiction.

En tant que pratiquant d’Arts Martiaux nous devons toujours intégrer dans notre enseignement et notre pratique, la culture des arts martiaux de façon à appréhender la signification entière de notre expérience. Au 21eme siècle, heureusement que l’Arnis Kali a plus à offrir que des frappes, des coupes ou de simples techniques de combat.

Nous savons pertinemment que cette légende est avant tout un mythe. Nous savons aussi qu’elle contient quelques vérités, mais qu’elle ne peut en aucun cas résumer la «genèse» et l’origine des arts martiaux Philippins. D’un autre côté, nous ne pouvons pas manquer de respect envers nos maîtres qui avaient la ferme conviction que cette légende représentait la réalité historique.

Alors que faire ?

Prenons cette histoire pour ce qu’elle est, ni plus ni moins: Un mythe . 🙂

Une histoire est toujours bonne à raconter et tant mieux si elle rajoute un cachet un peu rocambolesque et un parfum d’aventure. Apres tout les AMF ne peuvent pas s’appuyer sur autant de légendes formalisées comme le font certains autres arts martiaux d’Asie. Et pourtant! Les racines de l’Arnis Kali sont très, très profondes mais plus volatiles et moins palpables car elles reposent sur l’histoire orale de nos nations.

pictogramme peuple philippines

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