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A propos des commentaires concernant les vidéos publiées sur les réseaux sociaux

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On trouve toutes sortes de vidéos postées sur les réseaux sociaux dans lesquelles on peut voir des personnes publier des recommandations, des jugements (sur ce qui est réaliste ou pas, efficace ou non…), des démonstrations techniques, voire des cours…

Toutes ces vidéos ont plus ou moins de pertinence, plus ou moins d’intérêt mais elles déchaînent régulièrement les passions.
Je cède moi-même souvent, dans le cadre de cet « entre-soi » néanmoins publique, à la critique ou au relai de ce qu’il m’aura été conduit à voir, colporté par un ami virtuel qui aura liké ou raillé telle ou telle vidéo.

On oublie pourtant que sur les réseaux sociaux nous ne sommes pas dans un dîner entre amis durant lequel surviendrait un happening distrayant.
Et en critiquant, souvent à l’emporte pièce d’ailleurs, on oublie qu’à son tour, on « publie » un avis pourtant parfois peu « avisé ».

Tout cela mérite de réfléchir un peu sur deux choses au moins :
L’intérêt de publier et le courage que cela implique, dans un premier temps.
Le statut de la « Vérité » dans les arts martiaux et ce que peut-être une opinion, mais cela on le verra plus tard.

Du courage de Publier

Rendre publique quelque chose revient à l’exposer à la planète entière désormais. Cela de façon irrémédiable et instantanée alors même que l’on ne s’adresse de prime abord qu’à ceux que nous connaissons ou visons. Pas facile de penser à l’humanité dans son ensemble quand on écrit ou compose une photo… Théognis de Mégare s’imaginait-il un chinois, un jour, lisant un fragment de ses poèmes sur un ordinateur ?…J’en doute…
Une de mes enseignantes durant mes désormais lointaines (à tous points de vue) études avait parlé un jour du « courage de publier ».
Oui, il faut du courage (je le concède : aussi de la bêtise, disons plutôt de l’insouciance, parfois) pour rendre publique son travail et le soumettre à la critique, bienveillante ou non, de tout un chacun.

master ken
Master Ken, éditeur de vidéos satiriques désopilantes et formidablement caricaturales sur les arts martiaux

 

Publier, c’est donc s’exposer à la critique, même si on le fait quasiment jamais dans une logique d’évaluation qu’on préfère généralement vivre à huis clos. Historiquement, on pourrait même considérer comme la première grande avancée liée à la publication celle des jugements dans l’Athènes antique.
Les juges disaient pourquoi un tel avait pris telle ou telle condamnation.
Personne n’aurait songé cependant à faire cela pour les soumettre à l’approbation publique.
Il en fut de même des lois qui se virent fixées et connues à l’avance de tous. Puis vinrent les idées et les histoires qui se diffusèrent ainsi dans l’Espace et le Temps avec le développement des médias.

On diffuse avant tout, donc, mais souvent le bâton revient…

Assumer cela, répondre de ses actes (étymologie de « responsable » soit dit en passant) est donc proprement courageux en définitive puisqu’approbation ou réprobation s’exprimeront immanquablement.

S’exposer au Monde à son tour en donnant son avis

Alors quid des commentaires ?

Les commentaires sont souvent désobligeant, péremptoires et argumentent peu.
Donner un avis, fut-il détaillé n’est pas vraiment argumenter.
Dire : « Ce n’est pas réaliste personne ne va vous attaquer comme ça » n’est pas un argument.
C’est un jugement fondé sur une opinion : un avis, éclairé ou pas.

Un argument va puiser à la source de ce qu’il défend ou attaque. Un argument discute un point, il ne se contente pas d’opposer les points de vue. Ceci est le degré zéro de l’argumentation.
Donner une opinion, généralement SON opinion, c’est donc trop souvent adresser une sentence sans questionner le travail aperçu.

Les Monty Pythons sur la question du réalisme et de la proportionnalité dans la self-défense.

monty python
Les Monty Pythons sur la question du réalisme et de la proportionnalité dans la self-défense

 

Relevons que les personnes faisant autorité en la matière sont généralement peu enclines à commenter. Cette preuve de sagesse bienveillante de leur part devrait donc nous éveiller.

Car le pire c’est que le commentaire devient lui aussi publique, mais sous couvert d’anonymat il ne s’expose pas, ou peu, car affirme sans montrer qu’il fait mieux.
Et quand bien même, les réponses en vidéos ne sont pas toujours plus édifiantes que ce qu’elles ont préalablement dénoncé, on y retrouve pourtant un courage d’assumer et de démontrer. On sort alors du simple commentaire « critique » car on est entré dans la polémique, la confrontation (du grec polémos, la guerre) et la contre-argumentation.
Le commentaire, lui, se contente d’analyser ou de statuer ; fut-il signé par un inconnu, il ne fera même pas autorité et, généralement, il juge, ni plus ni moins.

De la surexposition des différents arts-martiaux

Aujourd’hui on découvre peu de choses quand on va pratiquer un art martial, il y a peu de secrets et tout le monde fait de tout. Les karatéka font des clefs, les ju jutsuka frappent mieux que jadis, les boxeurs luttent et vice-versa…
On n’avait aucune trace du pancrace grec que certains ont tenté de faire revivre il y a quelques années alors que l’on a pu conserver leur lutte codifiée. Ip Man avait refusé que Bruce Lee le filme…
Il en va autrement aujourd’hui. On n’a plus notre exclusivité mais les arts progressent ainsi de façon fulgurante même si tout se lisse.

Au-delà, les pratiques compétitives qui se targuaient de se confronter à la réalité de la compétition (ou du « ring ») communiquent souvent désormais en parlant de la « réalité de la rue » pour se placer sur le créneau de la self-défense (qu’elles méprisaient souvent pourtant…)…caprices des modes sans doute, fluctuations de l’âme face au désir de reconnaissance ou de subsides…Déplacement de la bonne vieille querelle « arts martiaux traditionnels contre sports de combats » (souvenez-vous des 90’s)…en tout cas les « prés-carrés » s’ouvrent. C’est indéniable.

On peut le déplorer, mais on peut aussi s’en réjouir.

C’est la limite de la démonstration permanente. Jadis, puisqu’il s’agissait de faire peur ou de survivre, on cachait ses « trucs », on montrait la « magie » et on travaillait ainsi sur l’aura d’invincibilité que conférait la pratique…
Ce temps est révolu mais nous sommes globalement en paix quoiqu’en fasse croire les vidéos « surenchéristes » et « anxiogènes » de bon nombres d’écoles de self-défense.

Ceci dit, après tout, ce n’est pas à elles qu’il faut jeter la pierre : c’est au spectateur d’apprendre à lire et recontextualiser un message en n’oubliant pas qu’on ne se fait pas poignarder à chaque coin de rue.
A lui de se souvenir que le combat de rue est de loin le plus réglementé : la comparaison du pire règlement de compétition avec le code pénal peut se faire avec une balance (pardon)…
Pas besoin de lire, le poids suffit.

On vendrait d’ailleurs difficilement un cours de self-défense en disant qu’il ne sert à rien parce que la Police nous protège. Et cela vaut mieux quand on voit comment certains tabassent violemment le zombie qui leur a attrapé le col dans certaines vidéos…
Et il faut aussi vraiment être en paix et avoir confiance dans les autres pour montrer des bottes et des enchaînements caractéristiques d’une école sur Internet (ce qui reste une hérésie, Nevers a gardé la sienne…).

Alors, oui, face à ce foisonnement ininterrompu ou tout et son contraire s’affirme. Face à l’exposition permanente du meilleur comme du pire, tout le monde se sent autorisé à donner son opinion. Et pourtant…
Il en va de la recherche de l’efficacité dans les arts martiaux comme de celle de la Vérité en sciences. Tout le monde la revendique ou la désire mais on connaît le propre du désir (et de la Vérité avec son grand « V ») : l’inaccessibilité.
Aussi est-il possiblement pertinent d’envisager comment appréhender les publications (la vidéo comme son commentaire exégétique si j’ose dire) avec un peu de recul.
Ce que nous ne manquerons pas de faire sous peu.

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